Manipulation mentale (mind control)

On parle de manipulation mentale lorsqu'un individu ou qu'un groupe d'individus exerce une tentative de prise de contrôle de l'esprit et du comportement d'une personne ou d'un groupe, en usant de techniques dites de persuasion ou de « suggestion mentale », en cherchant ou non à contourner les capacités critiques et/ou d'auto-critique de la personne, c'est-à-dire sa capacité à juger ou à refuser des informations ou des injonctions.

Certaines formes de manipulations pourraient être altruistes, mais la notion de manipulation mentale est généralement négativement connotée, évoquant les manipulateurs aux comportements égoïstes ou malveillants.
Des formes extrêmes en seraient par exemple le lavage de cerveau, ou des manipulations conduisant au suicide, ou à des comportements collectifs de type totalitaire et génocidaires.

Pavlov en explorant expérimentalement au début du XXe siècle des voies simples de conditionnement animal par la récompense ou la punition ouvre des perspectives de compréhension de certains réflexes comportementaux pouvant être déclenchés par des stimuli. (Il faisait tinter une cloche lorsque qu'il présentait à un chien de la nourriture. En répétant l'expérience le tintement de cloche déclenchait la salivation, même sans présentation de nourriture.Ce comportement - qu'il n'avait pas avant - est le résultat de ce conditionnement).

Pavlov a démontré qu'on peut utiliser de nombreux stimuli et programmer de nombreuses réactions organiques réflexes. Ici, la répétition du stimulus est un facteur essentiel.

Le Projet MKULTRA (ou MK-ULTRA) fut le nom de code d'un projet de la CIA des années 1950 à 1970 visant à manipuler mentalement certaines personnes par l'injection de substances psychotropes. Face à l'échec de la méthode MKULTRA, tous les enregistrements ont été détruits en 1973.

Ce n'est pas à proprement parler une méthode de manipulation mentale sauf dans son aspect "E". "MICE" (acronyme signifiant souris en anglais) signifie : Money, Ideology, Compromise et Ego et recense les leviers psychologiques que les services secrets, notamment pendant la Guerre froide auraient utilisés pour obtenir des informations ou de la collaboration d'agents ennemis. "Acheter" ses services, le convaincre, le compromettre (ou le rendre dépendant sexuellement) et enfin par manipulation mentale, généralement en le flattant, selon des protocoles inspirés d'études et d'expérimentations de psychologie.

Dès les années 1950, le développement du cinéma et de la télévision aurait été l'occasion de tester une méthode de manipulation mentale : fondée sur l'insertion dans les images que voit le spectateur d'une image subliminale, c'est-à-dire si brièvement présente que le conscient ne peut la percevoir, la théorie étant fondée sur le fait que l'inconscient en garderait une trace.

L'image doit être simple et non équivoque (symbole, couleur, logo).

Le principe - réputé affiné dans les années 1930 - présuppose qu'un individu en état de peur a les réactions de fuite et d'évitement les plus primaires, et donc les plus prévisibles.

Les fonctions complexes du cerveau n'offrant pas de solution immédiate seraient désactivées, rendant l'individu manipulable face à l'urgence d'échapper à une situation d'extrême angoisse. Le sujet terrorisé - comme l'animal poursuivi par le chasseur - ne pourrait éviter les pièges qu'on lui tend. Ainsi, il fera tout pour échapper à sa peur et fera ce qu'on souhaite de lui.Même s'il sait que cela ne réussira pas ou qu'il mente.

La terreur est effectivement utilisée depuis l'antiquité pour assurer le pouvoir des despotes, basée par exemple sur la désignation de boucs-émissaires, la torture, la menace, la « méthode par l'exemple » appuyée par les dénonciations, interrogatoires, enlèvements, disparitions et exécutions aléatoires... mais l'histoire montre que la méthode n'a jamais été longtemps efficace, se retournant généralement après quelques années ou décennies contre les manipulateurs.

La manipulation visant une personne ou un groupe peut prendre des formes discrètes et variées ; manœuvres politiques ou électorales, marketing, management, gestion du personnel ou systèmes mafieux.

Une idée commune est que la recherche du pouvoir par la manipulation aurait suscité la création de types ou catégories de cibles, de caractéristiques de vulnérabilité et de "points sensibles" permettant de manipuler la conscience individuelle ou collective. L'idée de pouvoir classer les caractères et leurs forces et faiblesses, éventuellement en fonction d'origine ethniques, sociales ou de caractéristiques morphologiques et psychiques, voire astrologiques est ancienne. On en trouve trace millénaire dans l'Ayurveda en Asie, et les sciences humaines s'attelèrent un temps à cette tâche avec frénésie, après la Première Guerre mondiale.

Les méthodes se sont succédé et souvent contredites, faisant éclore de nombreuses typologies, parfois contradictoires utilisées dans le marketing, voire la gestion du personnel.

L'idée que les individus ont des comportements de caste, d'ethnie ou religieux déterminant la plupart de leurs comportements a longtemps prévalu, justifiant des dérives de type racistes, manipulatoires et/ou ciblant un bouc-émissaire.

Plus récemment, ce sont le contrôle de l'information et la connaissance des catégories socio-professionnelles et de leur capacité à consommer qui semblent aussi intéresser les études de marché, la Bourse, le monde de la publicité. Les économistes, les outils statistiques et informatiques sont interrogés.

L'omniprésence des techniques publicitaires, dans la rue et dans les médias, peuvent donner l'impression qu'une manipulation des individus plus fine et plus discrète s'exerce dans les démocraties, sans violence physique, alors qu'elle est plus visible dans les régimes totalitaires.

Dans les cas extrêmes, l'aspect pervers et parfois très violent de manipulations peut-il détruire l'humanité des sujets au point de les rendre totalement vulnérables à la manipulation ?

La manipulation mentale étant par définition cachée, on peut l'imaginer présente sous de nouvelles formes dans de nombreux contextes, des domaines religieux ou militaire au champ de l'information, du travail ou de la publicité et du marketing, voire en gestion des ressources humaines, avec l'utilisation de la programmation neuro-linguistique qui se veut aidant à recevoir un message, ou à influencer, avec intégrité pour le psychologue dans le cadre d'une thérapie, mais qui pourrait peut-être être cyniquement utilisée par un manipulateur.

L'existence de techniques de « contrôle mental » contredit le principe du libre-arbitre et est pour cette raison réfutée ou minimisée par certains.